Blog

Apprenez d’où je viens, vous pourrez mieux me comprendre. L’importance de la psychologie interculturelle dans la pratique clinique en psychologie

3Nous avons une patientèle qui nous ressemble.

Partant de ce postulat, j’ai pu formuler l’hypothèse que mon patronyme a amené vers mon cabinet des personnes imprégnées par le même terreau culturel que le mien et cela me remplit de contentement. Pourquoi ?

Car, grâce à ma singularité (propre à chacun d’entre nous) j’ai pu appréhender les problématiques d’une partie de mes patients d’une façon plus fine et ainsi leur proposer un accompagnement qui ne nie pas une partie de leur individualité.

En effet, la prise en compte du contexte socioculturel des individus est primordiale dans la pratique clinique si nous ne voulons pas tomber dans le piège de l’ethnocentrisme.

Au delà de la connaissance, c’est bien la compréhension et l’intégration des variables socioculturelles et économiques dans nos réflexions cliniques qui permet de regarder autrui dans sa spécificité ; en se décentrant de ses propres représentations.

Sans ces paramètres à l’esprit, nous occultons une partie importante et explicative des représentations et l’impact sur la forme des conflits intrapsychiques de ces personnes. Or, ce choix méthodologique, qui procède par une segmentation de l’homme, une simplification et un isolement des réponses à partir de comportements induits artificiellement en laboratoire, amène à s’orienter vers l’étude d’un individu privé de sa subjectivité et coupé de tout contexte environnemental. (Guerraoui et Reveyrand-Coulon, 2013)

Ces questions sont l’objet d’étude de la psychologie interculturelle. Elle s’intéresse à l’étude de la relation entre les structures socioculturelles et le développement psychologique individuel.

J’ai d’ailleurs le souvenir d’une conversation avec un confrère, d’origine turco-syrienne, a qui un patient avait verbalisé la volonté d’engager un travail thérapeutique avec un praticien qui ait une conceptualisation de la culture de son pays d’origine.

En tant que thérapeute, nous nous devons de développer et entretenir notre capacité à saisir la vie intrapsychique des patients. Dans cette optique, l’ouverture vers la psychologie interculturelle devient une évidence.

Comment (bien) choisir son Psy ?

psychologypng_5a4a9db30dae6« Maintenant que j’y pense, je ne me suis jamais senti(e) à l’aise avec mon psy… »

« J’ai toujours eu l’impression que mon psy n’attendait qu’une chose, que la consultation se termine… »

« Il n’y avait pas d’échange. Il ne faisait que répéter le dernier mot de ma phrase… »

« Je ne me sentais pas à l’aise… »

« Je n’ai pas eu le feeling que j’ai avec vous… »

Tout praticien à un jour entendu, au cours de sa carrière, ces paroles prononcées de la bouche des patients. Ces verbatim font écho à la question du choix du psychologue.

Alors comment (bien) choisir son psychologue ?

Le feeling, la sensation d’être à l’aise ou d’être correctement écouté(e). Ces formules du langage courant sont autant de références à L’ALLIANCE THERAPEUTIQUE.

L’alliance thérapeutique est abordée par Freud, dès 1895, dans Etudes sur l’hystérie. Il parle du « besoin d’avoir la collaboration du patient ». Il écrit plus tard que l’alliance thérapeutique est faite de « sympathie compréhensive ».

Aujourd’hui, nous employons majoritairement le terme d’empathie. Celui-ci recouvre la possibilité de ressentir les émotions de l’autre mais aussi la capacité de se mettre à la place d’autrui pour comprendre ses émotions, ses sentiments et ses pensées sans pour autant les vivre à sa place.

L’alliance thérapeutique est la clé de la réussite du travail engagé ! Sans alliance pas de travail, pas d’implication. C’est la qualité du lien qui se noue entre le patient et le thérapeutique qui prime.

Vous devez vous sentir à l’aise avec votre psychologue. Ressentir cette sensation, difficile à définir, qui vous donne envie de livrer vos maux à l’autre.

Prenez le temps de choisir votre praticien lorsque vous décidez d’entamer un travail thérapeutique.

N’hésitez pas à poser des questions sur l’orientation de votre psychologue.

N’hésitez pas à prendre un ou deux rendez-vous différents afin de jauger avec qui vous vous sentez le mieux.

Enfin, vous ne devez pas hésiter à mettre fin à un suivi avec un praticien si vous ressentez un inconfort avec lui.

Ces précautions vous permettront d’éviter (au maximum) l’échec du travail thérapeutique que vous aurez entrepris.

Conseil de lecture sur ce thème : Si votre psychothérapie n’avance pas. Alain Gérard et Brigitte Rémy, abordent la notion d’alliance thérapeutique de façon détaillée et illustrée à l’aide de nombreuses vignettes cliniques.

Annalyser les organisations du travail délétères, enjeu psychothérapeutique essentiel pour le mieux-être des patients

pic_pulse_stock_article_15La littérature spécialisée foisonne de vignettes cliniques décrivant les nombreuses décompensations liées au travail.

En 2009, la société civile découvre le fléau des suicides liés au travail par le scandale de France Telecom. Aujourd’hui les termes de burn out ou encore bore out sont bien connus.

Mais qu’en est-il de la prise en charge ? Qu’en est-il de la place de l’analyse et la compréhension de la division du travail, des enjeux économiques du travail et de l’édification d’organisations du travail néfastes dans le travail psychothérapeutique ?

Car oui, la prise en charge de la souffrance psychique engendrée par le travail doit être appréhendée de façon spécifique.

La singularité des décompensations psycho-somatiques en comparaison avec les décompensations « ordinaires » réside dans l’étiologie de ces décompensations : les processus psychiques défensifs mis en œuvre ainsi que leur effondrement doivent être étudiés à la lumière des organisations et situations de travail qui ont généré ces mouvements psychiques.

La compréhension des enjeux psychiques des organisations du travail doit tenir une place prépondérante dans les consultations souffrance et travail.

La restitution de ce qui a été anxiogène ; néfaste dans le travail et l’analyse psychodynamique de l’individu au travail doit occuper une place prépondérante dans ces consultations au risque de passer à coté des aspects fondamentaux de la souffrance liée au travail.

C’est en cela que les psychologues cliniciens du travail, par leur double analyse ; du fonctionnement psychique de l’humain mais également des processus psychiques mobilisés par le travail ; parviennent à « mieux » penser les questions de souffrance au travail.

Le bonheur AU ou PAR le travail ?

Le bien-être au travail, la qualité de vie au travail, le bonheur au travail…

Autant de qualificatifs qui décrivent une réalité de l’Homme épanoui dans (et uniquement) son contexte de travail.

Il faut cependant tenter d’envisager la question de l’épanouissement personnel et du développement de soi d’une autre façon.

Revenons aux sources : ce qui nous met en mouvement c’est la recherche d’expériences positives et agréables du point de vue des émotions. Les retours positifs en échange d’investissements nous « nourrissent » narcissiquement et perpétuent ainsi le cercle vertueux de notre poussée ; celle qui nous permet d’explorer le monde et de nous développer.DAA7A3E4-E928-49D5-947D-8F3923D23EFA

Une des sphères principales de cette réalisation de soi est le travail.

La centralité du travail est incontestable dans la construction de l’identité et l’image de soi. Grâce au travail et par l’activité de création, nous laissons notre empreinte dans le monde social. Une trace de notre passage… Nous signifions par là même notre existence aux yeux d’autrui.

C’est donc ce que le travail vient dire de soi-même qui importe : la part d’intelligence que l’on y injecte afin de faire face aux heurts avec le réel, notre histoire personnelle, notre singularité, nos ruses etc. Tout cela au service de la réalisation d’une œuvre qui fait sens pour soi et qui est reconnue.

Une activité de travail qui convoque notre ingéniosité et nos habilités (et qui permet d’en développer de nouvelles), qui a du sens pour soi, dont l’utilité est reconnue et que les pairs jugent belle : voici une partie de la recette du plaisir et corrélativement du bien-être.

Le plaisir éprouvé grâce au travail, par la possibilité de mise en musique de tous ces paramètres (et bien d’autres) participe activement à la perpétuation d’un état de bien-être qui imprégnera positivement les autres sphères de la vie et contribuera à un état de bien-être global.

Court extrait de l’ouvrage Clinique du travail de Dominique Lhuilier

« Les travailleurs du corps

pic_pulse_stock_article_3Le traitement des déchets du corps mais aussi les interventions sur l’enveloppe du corps ou à l’intérieur du corps, réveillent des angoisses qui ne renvoient pas (pas seulement) à l’histoire singulière des « travailleurs du corps » et aux avatars de la période infantile. Il s’agit bien d’angoisses archaïques qui sont ici sollicitées par la réalité rencontrée au travail. Un retour à Freud semble utile ici.

La théorie freudienne de l’angoisse, contenue essentiellement dans l’ouvrage de 1926, Inhibition, symptôme et angoisse, retrace les différents temps de son élaboration jusqu’à celle-ci postérieure à l’introduction de la seconde topique et de la pulsion de mort.

L’angoisse est une production du Moi, « seul et unique lieu de l’angoisse ». Les sensations d’angoisse fonctionnent comme un signal d’alarme face à tout danger menaçant l’intégrité du Moi. L’angoisse est « une mise en garde contre le danger ». Ainsi faut-il, au-delà de cette sensation, remonter à la situation de danger signalée afin d’éclairer le lien entre le danger extérieur au Moi et un danger interne menaçant le Moi au moment où celui-ci produit l’angoisse.

Freud réexamine dans ce texte sa position : « ce n’est pas le refoulement qui créé l’angoisse, c’est l’angoisse qui est première, c’est l’angoisse qui fait le refoulement ».

[…]

La réalité du travail contient des menaces redoutées car entrant en résonance avec des situations de détresse, ici celles relatives à une incertitude des frontières du soi, à une perte des limites assurant démarcation et contenance, à une menace de dissolution de la distinction du dedans et du dehors. Celles relatives à l’abjection. « Ce n’est  pas l’absence de propreté ou de santé qui rend abject mais ce qui perturbe une identité, un système, un ordre : ce qui ne respecte pas les limites, les places, les règles. L’entre-deux, l’ambigu, le mixte. »