Court extrait de l’ouvrage Clinique du travail de Dominique Lhuilier

« Les travailleurs du corps

pic_pulse_stock_article_3Le traitement des déchets du corps mais aussi les interventions sur l’enveloppe du corps ou à l’intérieur du corps, réveillent des angoisses qui ne renvoient pas (pas seulement) à l’histoire singulière des « travailleurs du corps » et aux avatars de la période infantile. Il s’agit bien d’angoisses archaïques qui sont ici sollicitées par la réalité rencontrée au travail. Un retour à Freud semble utile ici.

La théorie freudienne de l’angoisse, contenue essentiellement dans l’ouvrage de 1926, Inhibition, symptôme et angoisse, retrace les différents temps de son élaboration jusqu’à celle-ci postérieure à l’introduction de la seconde topique et de la pulsion de mort.

L’angoisse est une production du Moi, « seul et unique lieu de l’angoisse ». Les sensations d’angoisse fonctionnent comme un signal d’alarme face à tout danger menaçant l’intégrité du Moi. L’angoisse est « une mise en garde contre le danger ». Ainsi faut-il, au-delà de cette sensation, remonter à la situation de danger signalée afin d’éclairer le lien entre le danger extérieur au Moi et un danger interne menaçant le Moi au moment où celui-ci produit l’angoisse.

Freud réexamine dans ce texte sa position : « ce n’est pas le refoulement qui créé l’angoisse, c’est l’angoisse qui est première, c’est l’angoisse qui fait le refoulement ».

[…]

La réalité du travail contient des menaces redoutées car entrant en résonance avec des situations de détresse, ici celles relatives à une incertitude des frontières du soi, à une perte des limites assurant démarcation et contenance, à une menace de dissolution de la distinction du dedans et du dehors. Celles relatives à l’abjection. « Ce n’est  pas l’absence de propreté ou de santé qui rend abject mais ce qui perturbe une identité, un système, un ordre : ce qui ne respecte pas les limites, les places, les règles. L’entre-deux, l’ambigu, le mixte. »